Vues
Pour une politique volontariste de diffusion de la culture et des savoirs
Texte soumis par Roland Lilin
Il est fini le temps antique où l’on déambulait dans des jardins en compagnie d’un philosophe pour accéder au savoir. « La création par lesvilles d’écoles soustraites au contrôle de l’Eglise avait permis au XIIeme siècle aux laïcs urbains d’apprendre à lire, écrire et calculer, dans un mouvement d’alphabétisation et de scolarisation qui n’aura d’équivalent que celui de la révolution industrielle du XIXeme siècle » (1) Au début du XIVeme siècle la concurrence entre villes universitaires est forte. « Avec 1789, tout change radicalement. Les acteurs de la Révolution veulent instruire le peuple, agrandir le citoyen par les connaissances. Des connaissances que l’on veut d’ abord utiles, car elles sont perçues comme les outils du monde nouveau qui est à construire.» Dépassant la célèbre sentence de Francis Bacon, Knowledge is Power, Condorcet conçoit la démarche révolutionnaire comme cette occasion unique de donner à l’accès au savoir le sens même de la liberté. » (2)
Il faut cependant attendre le début du XXème siècle pour que rentre dans les faits par la loi le droit au savoir à tous. Pourtant les acquis les plus nobles ne sont pas à l’abri de régression. La fin du XXème siècle voit la culture littéraire, artistique et scientifique cliver profondément des populations mal sevrées de médias de masse diffuseurs de distractions. Le droit au savoir tout au long de la vie n’est pas simplifiable à la liberté d’accès aux textes supports du savoir. Il s’enracine certes dans une formation de base, culturelle, artistique et scientifique, mais aussi dans l’existence des conditions favorables à la poursuite de ce cheminement culturel. La misère, la précarité, la souffrance psychologique, sont autant d’obstacles réels à l’accès au savoir ; et pour reprendre l'expression d'un patron de chaîne, la "disponibilité de l’esprit" aux savoirs est un effort national demandant volonté et moyens. Volonté pour enrayer la toute puissance des loisirs de masse, moyens pour faire exister et rendre accessibles les méthodes et attractifs les lieux et les temps de culture et de science. Les universités populaires, les réseaux d’échanges réciproques de savoirs, les chantiers scientifiques, les organisations de vacances et culture, sont autant, parmi d’autres présentes ou à venir, de réponses à ce besoin collectif d’épanouissement individuel, au besoin sociétal de citoyenneté éclairée. Après les grands plans de construction matérielle, la nationalisation des mines, de l’énergie, du téléphone et des autoroutes, vient maintenant le temps des grandes mobilisations et avancées collectives des savoirs tout au long de la vie au sein des populations adolescentes et adultes.
(1) François Dupuigrenet Desroussilles « La France dans l’économie du savoir »
(2) Daniel Raichvarg http://polyrama.epfl.ch/art_P121_L_acces.html :
Non content de se restreindre à enseigner la vulgarisation scientifique à l’Université de Bourgogne et de la raconter dans des livres qui en explorent de larges pans méconnus; il la joue aussi sur les tréteaux, car Daniel Raichvarg est encore metteur en scène et acteur de théâtre de science