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Analyse d'Hervé Le Crosnier

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dernière édition il y a 3 ans

Le matin d'après

le 30 mai à 10h45

Bonjour,

Quelques remarques du matin d'après, avant d'avoir pu débattre de tout ça avec les ami(e)s, le camarades et même les autres. Juste pour pointer quelques éléments sur mes espoirs et mes craintes concernant l'avenir proche.

1. - Espoir

La très forte participation est un signe que l'on peut à nouveau penser et parler politique. Au fond, celui qui maintenant dira "la politique, c'est les guignols des télés et ça ne nous concerne pas", ne fera que souligner son aveuglement : la politique s'est imposée par la base, par ces millions de personnes qui ont pris en main le TCE, ont lu, ont débattu, ont réfléchi...

La crainte : il ne faut pas que ce "désir du monde" ne retombe dans les fossés de l'habitude. J'ai peur quand j'entends le retour des combats déjà menés, au sein des mêmes partis, dans les mêmes conditions, entre initiés du même monde... alors que le peuple a frappé à la porte en disant : "nous savons lire, nous savons penser, nous voulons maintenant que de la nouvelle politique émerge".

Non de non, il va falloir prendre des risques. Ce "non" n'est pas anodin à l'échelle du monde. Il met aussi en danger des équilibres, alors même que la concurrence économico-guerrière pousse la planète vers la déstabilisation. Ce risque nous oblige, dès maintenant, de nous placer à sa hauteur.

Il faut des propositions qui incluent les milliers de nouvelles personnes qui ont saisi ce moment fort pour entrer en politique. Il faut penser à la jeunesse qui est très profondément européenne, mais qui a compris l'enjeu du "non" (60% des moins de 25 ans ont voté "non"). Ils(elles) ne rentreront pas en masse dans les vieux partis. Pour qu'ils(elles) trouvent leur place, il faut recréer du nouveau. Mais pas un truc marginal, un néo-groupuscule,... bien une structure politique de gauche à vocation majoritaire.

2. - L'espoir

En disant "non" au TCE, la France, et plus particulièrement les travailleurs (à plus de 70 %!), a pour la première fois rejeté un Document mondial qui inscrivait le néo-libéralisme économique comme modèle de société. On ne pouvait pas s'opposer à l'OMC et signer ce TCE. Je ne crois pas aux seules explications qui disent que ce serait pour des raisons "locales" que la France a voté "non". Ca existe, évidemment. Ca existe d'autant plus que les voix qui relient les difficultés à vivre avec le choix économique et guerrier du néo-libéralisme ne disposent que des moyens de la conviction directe, q ue l'arme du contact (y compris par mail, comme je le fais). Mais au fond, le "non" de gauche, que tous les sondages disent majoritaire dans le rejet du TCE, est bien un refus du modèle global mondial. Il est le produit du travail "d'éducation populaire" mené depuis dix ans par les associations alter-mondialistes.

La crainte : Pour autant, les médias et les politiques de pouvoir, en focalisant durant toute la campagne, et pire encore aujourd'hui, sur les relents xénophobes, ou sur le caractère protestataire d'une partie des votes "non", peuvent retourner cette situation en provoquant l'isolement de la France. C'est-à-dire qu'en refusant ici-même de reconnaître le caractère anti-libéral du choix des français, ils ne permettent pas une lecture compréhensible pour les autres peuples du monde.

C'est maintenant à nous de lancer un signal internationaliste très fort pour contrer cette "politique du pire" de l'isolement dont les médias ont dès ce matin embouché les trompettes. Il faut que les autres peuples européens entendent le "non" internationaliste de gauche qu'avec tant d'autres j'ai souhaité porter.

Comment lancer un tel signal : en n'ayant pas peur de recomposer profondément la gauche autour des valeurs de l'alter-mondialisme : refus de la concurrence sans règles, extension des formes de solidarité (protection sociale, services publics, fraternité, commerce équitable,...), refus de la domination par les transnationales et le système financier,...

Il faut qu'aux yeux du monde, le risque pris en France soit compensé par un mouvement nouveau qui transforme les conditions de résistance à l'ordre économique inégalitaire.

3. - L'espoir

Le "non" majoritairement de gauche nous donne des moyens supplémentaires pour combattre le FHaine?. Depuis des années, les combats "médiatiques" extérieurs, si souvent "donneurs de leçons", le font au contraire progresser dans les couches défavorisées. Mais avec cette campagne sur le TCE, la gauche française a renoué avec les quartiers populaires, a su donner une autre explication aux difficultés rencontrées, au chômage de masse, au sentiment d'abandon.

C'est ce retour des conditions réelles d'existence dans la politique qui est la marque de ces élections.

La crainte, c'est qu'en pratiquant l'amalgame, les mauvais perdants du "oui", notamment ceux des médias et de la vieille classe politique (Ah Jack Lang, que vous fûtes odieux) ne brouillent encore plus le discours et empêchent l'émergence d'une nouvelle conscience des causes réelles de la situation.

La réponse, encore une fois, ne peut se trouver que dans un signal fort, éclatant, qui continue d'ouvrir les yeux de tous sur les errements de la politique des quinze dernières années, et qui offre un nouveau message global. Pour arracher celles et ceux qui ont succombé au discours du FHaine? en raison de leurs difficultés matérielles et morales, proposons un nouveau souffle politique, qui prendrait le nom clair et précis d'une nouvelle structure politique d'opposition.

4. - L'espoir

La politique, c'est l'art de composer avec le monde réel. En cela, la politique se distingue de la théologie. Ce que cherche la politique est l'efficacité, pas la "vérité". Dans la campagne du "non" de gauche, des militants ayants des trajectoires, des projets, des référents différents ont eu l'occasion de se croiser, de débattre, de se retrouver. Il en reste forcément quelque chose ce matin.

La crainte : que l'euphorie de "la victoire" ne fasse oublier qu'il y des porteurs du "oui de gauche" qui avaient aussi des projets semblables concernant la défense des acquis démocratiques de l'Europe, la construction d'un nouveau pôle de résistance à la guerre commerciale, la volonté de voir l'Europe agir dans le monde pour favoriser le développement tout en protégeant la planète et refusant le "prductivisme".

Ces ami(e)s avaient souvent des choix "tactiques" différents. Pour eux(elles) ces objectifs passaient par l'acceptation d'un "mauvais traité" plutôt que par le chemin d'une remise en cause de la politique des "petits glissements" vers l'institutionalisation du néo-libéralisme.

Là encore, la solution passe par un signal fort. Non pas de regroupement de la "gauche du non", ce qui est déjà un débat d'hier, mais bien la constitution d'une représentation politique à vocation majoritaire dont l'axe se situe réellement à gauche.

5. - L'espoir

Et je terminerai sur ce cinquième espoir : la voix du "non" venu de la base a su rencontrer des dirigeants politiques pour prendre des risques dans leur "carrière" afin de porter le message plus fort, auprès des médias, ou sur les tribunes.

Si aujourd'hui la base du "non" sait leur dire qu'il ne faut pas retourner à "leurs anciennes affaires", mais qu'il est temps, qu'il est urgent, de faire une véritable proposition politique... alors l'espoir peut renaître d'une extension de la démocratie en Europe.

Je n'ai pas la vocation à définir une telle structure. Plusieurs possibilités sont ouvertes : un nouveau parti avec de multiples tendances, comme au Brésil, un réseau ayant un nom commun, une structure de présentation d'un(e) seul(e) candidat(e) de gauche (au sens social et politique nouveau qui est ouvert par ce référendum) dans toutes les prochaines échéances électorales,...

Bref, tout ce qui ne retournerait pas dans l'ornière du passé politique serait une bonne chose, car la "nouvelle majorité de gauche" se gagnera avec toutes celles et tout ceux qui se sont aujourd'hui inscrit dans le renouveau de la politique. Vu l'état du monde, l'inquiétude en Europe, notamment chez les nouveaux entrants, cette urgence se double d'une immense responsabilité.

Hervé Le Crosnier