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Réflexions pour un référentiel d'évaluation qualitative des pratiques et espaces / projets artistiques pluridisciplinaires visant à une autre relation à l'art et aux populations
Autre(s)pARTs
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octobre 2003
Réflexions pour un référentiel
d'évaluation qualitative des pratiques et
Espaces / projets artistiques pluridisciplinaires
visant à une autre relation à l'art et aux populations
Les pratiques culturelles et artistiques qui établissent aujourd'hui de nouvelles relations entre l'art et les populations ont besoin d'être rendues plus visibles et mieux reconnues. Au-delà de la réelle singularité de chacune de ces expériences, disposer d'un référentiel commun d'évaluation, appréhendable par l'ensemble de leurs partenaires, peut alors devenir une aide précieuse. Dans cette voie, Autre(s)pARTs propose d'évaluer chaque cas particulier comme actualisation et combinatoire - en effet très spécifique - d'un ensemble de traits qualitatifs plus généraux.
La nature caractérisante et multiple de ces traits permet déjà une évaluation croisée, qualitative et discriminante, des pratiques concernées, en termes tant de dynamique propre que de participation à des enjeux d'intérêt général. Si une partie de ces traits peuvent être "consolidés" à partir de données quantifiées ou d'indicateurs plus formalisés, reste que c'est la cohésion qualitative et spécifique d'ensemble qui doit rester le critère central d'appréciation.
Ce référentiel qualitatif est construit sur la base de la situation française du début des années 2000. Il est donc lui-même à évaluer, compléter, amender, au fil des évolutions et débats publics se faisant jour. Elaboré par croisement de différents repérages et études antérieurs, sa pertinence déborde largement les situations représentées au sein d'Autre(s)pARTs, même s'il est tout particulièrement adapté à ces cas particuliers.
Ce document propose donc : un préambule resituant le contexte administratif et politique dans lequel nous évoluons ; un détail des principes et caractéristiques de ces nouveaux Espaces / projets artistiques pluridisciplinaires, base pour un référentiel pertinent d'évaluation ; une conclusion, proposant quelques compléments d'analyse et de proposition pour l’intervention publique dans ce domaine.
1/ Préambule
Les Espaces / projets artistiques pluridisciplinaires et le service public de la culture
Les Espaces / projets artistiques pluridisciplinaires1, comme d'autres avant elles, défendent un choix de société où le "droit à la culture", comme il existe un droit à l'instruction ou à la santé, doit être assuré par la puissance publique.
Le service public culturel, reconnu aujourd'hui de façon incontestable, s'appuie sur un encadrement normatif qui légitime et fonde l'intervention des pouvoirs publics en matière culturelle et artistique :
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le préambule de la constitution de 1946, repris par celle de 1958, qui garantit l'égal accès à la culture" ;
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le décret relatif aux attributions (initiales) du ministère chargé de la culture du 24 juillet 1959 ;
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les lois de décentralisation de 1982 et 1983 ;
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le traité de Maastricht du 7 février 1992 ;
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la loi d'orientation pour l'aménagement et le développement durable du territoire du 25 juin 1999
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la loi relative au renforcement et à la simplification de la coopération intercommunale du 12 juillet 1999.
Le service public de la culture défendu par nos Espaces / projets est légitimé par la Charte des missions de services publics pour le spectacle (octobre 1998), puisque le Ministère de la Culture les a inscrites parmi les personnes de droit privé à qui il confie des missions de service public : "certains lieux de fabrication et de production de spectacles vivants".
Depuis 10 ans, plusieurs ministres de la Culture s'intéressent aux Espaces / projets artistiques pluridisciplinaires
En 1993, une priorité de M. Toubon, ministre de la Culture, fut d'intégrer la politique culturelle dans le cadre de l'aménagement du territoire. La cohérence de l'ensemble se fondait sur l'idée d'un nécessaire schéma d'organisation de l'espace intégrant un service public culturel de proximité s'appuyant sur des équipements pluridisciplinaires. (L'Échangeur de Fère-en-Tardenois figurait parmi les 122 projets d'équipements de proximité présentés en comité interministériel d'aménagement du territoire le 20 septembre 1994.)
En mai 1999, Mme Trautmann, Ministre de la Culture, annonce une réflexion en ce qui concerne "les nouveaux lieux et les nouvelles approches qu'ils autorisent, de la friche industrielle aux zones rurales, du centre multimédia au lieu de fabrication". (La même année, Culture Commune devient Scène Nationale.)
En 2002, après le rapport commandé par M. Duffour, secrétaire d'État au Patrimoine et à la Décentralisation Culturelle, des mesures nouvelles ont été spécifiquement inscrites au budget du ministère de la Culture en faveur de la coordination des Espaces / projets artistiques pluridisciplinaires et ont été confortées par des mesures décidées en Comité Interministériel à la Ville pour soutenir les résidences d'artistes, les friches et les "nouveaux lieux culturels" dans les sites bénéficiant de contrats de villes.
Quel avenir ?
Dans sa conférence de presse du 26 mai 2003, M. Aillagon, ministre de la Culture, a exposé ce que serait l'action territoriale de son ministère et a dénoncé "les déséquilibres criants dans l'aménagement du territoire". Les objectifs affichés "de parvenir à une plus grande égalité dans l'accès aux lieux de création et de diffusion sur l'ensemble du territoire" et "d'encourager les expressions les plus diverses de la culture contemporaine" rejoignent les préoccupations que nous avons tous au sein de nos Espaces / projets.
La multiplication des Espaces / projets artistiques pluridisciplinaires est contemporaine du renouvellement des pratiques artistiques. Celles-ci ont su trouver leur place dans nos espaces qui, ouverts à la pluridisciplinarité, favorisent l'interdisciplinarité. Nous y accueillons le rock, la techno, les arts de la rue , la danse contemporaine, le nouveau cirque, les marionnettes, les atypiques / inclassables, le théâtre contemporain, la scène qui croise les arts plastiques, la vidéo, le multimedia…
Une "refondation des réseaux du spectacle vivant" ne nous semble pas pouvoir se faire sans y intégrer la place des Espaces / projets artistiques pluridisciplinaires dans un nouveau schéma d'aménagement culturel du territoire. Depuis longtemps déjà, nous inventons des lieux de vie et de convivialité, nous ouvrons les studios à une population de proximité parfois associée au processus de création, et nous (re)créons du lien social dans des territoires déshérités (quartiers urbains périphériques et communes rurales).
2/ Eléments pour un référentiel d'évaluation de nos Espaces / projets artistiques pluridisciplinaires
a) Contextes et positions
Constatant :
- l’oubli, voire le reniement de l’expérience sensible dans un monde de plus en plus rationnel ;
- l’échec d’un demi-siècle d’une politique de démocratisation culturelle qui n’a pas su permettre au plus grand nombre l’accès aux œuvres disponibles et aux équipements artistiques, qui se sont pourtant multipliés ;
- la pression uniformisante de la mondialisation d’un côté, la régression identitaire sur les mythologies régionalistes, ethniques et religieuses de l’autre ;
- la rupture des liens relationnels, intimes, mais aussi sociaux, dans une société qui semble constamment s'individualiser et se déliter en particulier autour du référentiel obsessionnel de l'échange marchand ;
- le développement généralisé de l'organisation par projet, de l'accroissement qualitatif et quantitatif de la flexibilité du travail et de l'emploi, de la différenciation accrue des activités en particulier professionnelles, éléments qui sont désormais des normes de nos sociétés de l'innovation et de la réactivité, et non de simples particularités des milieux artistiques ;
- la montée en puissance, puis la dominance socio-économique et idéologique des industries culturelles, qui ont introduit un nouveau type de rapport démocratisé entre art et populations ;
- l'extension exponentielle et non régulée des inégalités des marchés contemporains de la réputation, où, à partir de différences peu flagrantes de compétence et de qualité, un petit nombre cumule une part toujours plus grande des valeurs (dont monétaires et de notoriété) disponibles ;
- les comportements culturels du plus grand nombre qui sont désormais des assemblages complexes et tout à fait inédits entre, d'une part l'utilisation de biens artistiques culturels industriels, d'autre part la recherche de relations interhumaines plus directes et sensible.
Il nous semble urgent :
- de réaffirmer la valeur de l’art, non pas l’art en tant qu’œuvre figée et définitive, mais l’art en tant qu’élaboration d’une parole et d’une relation sensibles, contemporaine et critique, l’art agissant ;
- d’étendre le droit à la culture à un plus grand nombre de citoyens, en les rendant plus agents de leur propre développement culturel ; passer donc de la “démocratisation culturelle” à une réelle “démocratie culturelle” ;
- d'attacher la plus grande importance à la relation entre pratique sociale et activités artistiques.
A cet effet, nous proposons aux artistes des cadres et des modes de travail renouvelés, non pour les contraindre, mais au contraire pour leur permettre une plus grande liberté. Ainsi, il n’est pas question de fixer des modèles de relation avec les artistes mais bien de réinventer cette relation à chaque fois. L’artiste peut dès lors travailler s’il le souhaite de façon autonome et isolée, dans une sorte de laboratoire, ou bien en développant des relations avec des populations, des groupes ou des territoires, ces relations venant nourrir le travail lui-même, ou encore en se nourrissant d’échanges avec l’équipe du lieu, ou d’autres artistes conviés à partager le même espace. Pas d’obligation donc, mais un contexte permettant l’épanouissement et la réalisation de projets qui, de ce fait, se trouvent en phase avec ceux à qui ils s’adressent.
Nous participons ainsi, au sein d'un tiers-secteur artistique, à l'invention d'un nouveau compromis social permettant d'articuler pour le plus grand nombre trois dimensions liées :
- la possibilité et la capacité pour chacun de mieux participer aux dynamiques d'innovation et de créativité, dans lesquelles nous sommes collectivement entrés, même si ces dynamiques impliquent un développement conjoint de formes intensives et diverses de flexibilité ;
- la nécessité complémentaire absolue que chacun puisse disposer d'une sécurité individuelle et professionnelle minimale, socialement garantie tout au long du parcours de vie, sans laquelle l'injonction d'innovation ne peut tourner pour le plus grand nombre qu'au désastre d'une déstabilisation et d'une déstructuration constamment subies ;
- l’impératif induit que les richesses et les diverses valeurs ajoutées produites par la société d'innovation / flexibilité soient plus socialisées, une répartition bien moins inégalitaire de ces richesses entre tous étant un des éléments indispensables pour atteindre à un nouveau compromis social global.
b ) Esthétique et processus
L’art est au cœur de nos projets, l’art comme expérience sensible. Or, on ne nous propose plus que de l’art à contempler, respectueusement, religieusement. Cet art là produit encore, parfois, de beaux objets, mais il a perdu toute valeur. Il nous faut retrouver la valeur de l’art.
Si nous affirmons sa primauté dans nos pratiques, nous nous démarquons d'une conception par trop linéaire de l'art, qui tient pour essentiel et fondateur le geste singulier de l'artiste produisant une œuvre originale, à faire ensuite connaître au plus grand nombre. Nous mettons plutôt l’accent sur une conception hétéronome de l'art, où sont simultanément à prendre en compte, en même temps que l’aspect esthétique, les dimensions conviviale, sociétale, culturelle, politique, etc., des processus artistiques. Nous concevons les démarches artistiques comme des parcours relationnels qui renouvellent nos modes de symbolisation et de socialisation. Si l’éprouvé sensible, les vécus esthétiques activés, qui restent pourtant ouverts à des motivations existentielles et sociales autres que strictement artistiques, restent centraux, la polarisation est renforcée sur la participation et la réception artistiques, l’importance est redonnée à une vraie dialectique entre dimension individuelle et dimension collective, à des questions telles que "qu'est-ce qu'on donne à vivre comme expérience esthétique aux gens ?", "comment intègre-t-on les capacités d'appréciation et de jugement artistique des "non- artistes", la culture vécue dont ils disposent déjà ?".
Nos projets artistiques combinent nécessairement et sans a priori de hiérarchisation, mais en tentant d’en renouveler les enjeux, une pluralité de modes d'activité : production et diffusion de spectacles ou d'événements, action culturelle et territoriale en relation directe avec des populations particulières, formation amateur et transmission professionnalisante de savoirs et savoir-faire, mise en débat par l'artistique de questions culturelles, sociétales et politiques. Nous privilégions des initiatives qui touchent des segments de population jusqu’ici plutôt exclus de l’offre culturelle traditionnelle (habitants des quartiers "sensibles", du milieu rural, etc.), en lien avec les politiques de la ville. Par là même, une grande importance est accordée à l'invention de projets artistiques au contact direct et avec des populations situées (sociologiquement ou/et territorialement).
Nous développons aussi la co-génération des processus artistiques par des artistes professionnels et d'autres acteurs sociaux, la production d'une manifestation ou d'une œuvre artistique matérialisée apparaissant plutôt comme un moyen pour scander ce type de démarche.
Au sein du thème de l'interdisciplinarité, nous prenons en compte les spécificités des divers modes d'expression artistique, ainsi que la question de ce qui reste pertinent dans la différenciation historique des formes et modes d'expression artistiques.
Nous insistons enfin sur la transversalité entre les disciplines artistiques. A une transversalité de "juxtaposition" où les artistes travaillent ensemble mais restent chacun dans leur domaine propre, nous préférons une transversalité de "contamination" où les différentes disciplines se nourrissent les unes des autres et où leurs frontières tendent à se recomposer.
c ) Partenaires, territoires et décentralisation
L'initiative de la société civile et des acteurs indépendants est essentielle dans le développement de l'action artistique et culturelle. Le champ artistique et culturel est en interaction avec d'autres champs : aménagement du territoire, politiques de la ville et des pays, éducation et loisirs... La mise en place d'une concertation vraie et pérenne avec les représentants institutionnels de ces secteurs est impérative.
A côté d'une participation à l'effort de démocratisation de la culture qui reste l'enjeu central des équipements artistiques relevant des Collectivités publiques, priorité est donnée aux actions de démocratie culturelle, grâce à une présence active et ramifiée dans les territoires et au contact des populations qui permet d'inventer avec ceux-ci une approche bien plus interactive de l'art, et plus largement, des pratiques artistiques où peuvent s'impliquer un plus grand nombre.
Notre conception est celle d’un champ artistique non limité aux disciplines artistiques traditionnellement valorisées, et qui travaille à l'extension des relations entre l’art et les populations - à l’école, dans les hôpitaux, les prisons, les banlieues et quartiers défavorisés -, qui implique elle aussi une relation autre aux collectivités publiques.
Nous accueillons des équipes artistiques qui manquent de lieux de fabrication, mais aussi d'implantation provisoire ou plus longue sur un territoire donné. Au-delà, l’accent peut-être mis, lors de ces accueils, sur de nouvelles et différentes relations avec les populations, plutôt que sur la simple fabrication artistique ou diffusion culturelle. De même, nous développons les jumelages, non plus formels mais concrets et pratiques entre équipes artistiques françaises et étrangères, que ce soit au titre du projet artistique d'ensemble ou au niveau des projets plus élémentaires. Nous insistons aussi sur l’importance des résidences en France et à l’étranger, sur l'association forte entre équipes artistiques sur des périodes de plusieurs années.
Tenant à préserver cette tension irréductible entre enjeux locaux, nationaux et internationaux, nous négocions de façon permanente avec les différentes Collectivités publiques concernées mais aussi, nous en appelons à toutes les forces instituantes (professionnelles ou non), et notamment celles qui, aux marges de l’institution traditionnelle, posent les jalons de nouvelles politiques artistiques, de nouvelles et autres relations avec la population.
d ) Gestion, management et fonctionnement général
Notre économie, précaire de fait et non par choix, est caractérisée par une mixité entre :
- une initiative et un mode de gestion privés (dont associatifs) garants de l’indépendance des projets ;
- une forte dépendance à l'économie redistributive administrée (aides directes des Collectivités publiques, aides liées à la solidarité nationale et interprofessionnelle, exemption partielle de certaines charges) ;
- une mobilisation d'éléments de l'économie de réciprocité (dont les implications bénévoles ou les échanges de services non monétaires).
Nos organisations et projets relèvent donc d'un tiers-secteur artistique, spécifique et ne pouvant être réduit ni à une simple dynamique d'entreprises artistiques d'initiative privée et relevant avant tout d'une économie de marché, ni au développement et à la gestion d'équipements relevant surtout des Collectivités publiques.
Défendant une primauté de la notion générique de projet de développement artistique et culturel, en lien avec des populations ou des territoires situés, nous désirons assurer une dynamique de développement culturel selon des objectifs clairs et non pas "bricoler" une continuité de gestion des équipes ou équipements. La notion de "chef de file" pour la coordination des projets élémentaires complexes ou du projet général est aussi essentielle.
La multi-activité est constitutive de nos organisations et projets, avec la nécessité induite de disposer de compétences plurielles et toutes indispensables. Une centralité est accordée aux différentes formes de relation de service dont la coordination seule permet la réalisation des projets. Une efficacité simultanément artistique et sociale est revendiquée. Pour nous, tout cela participe d'un tiers-secteur à considérer comme un véritable monde de l'art particulier, où un périmètre élargi de compétences doit pouvoir être préservé, tout comme une porosité d'accès à la professionnalité dans la mesure où les vrais savoir-faire se constituent surtout par accumulation progressive et successive d'expériences.
L’égalité de traitement est nécessaire, sur le plan des principes comme des moyens affectés, entre une pluralité de fonctions constitutives : action culturelle et relation à la population, production créative, diffusion artistique, formation, débat et organisation d'événements collectifs, à partir d'un projet global.
La complexité des tâches à gérer et à coordonner implique de plus en plus des modes de fonctionnement où nous partageons l'autorité et la décision, où la capacité d'inventer des articulations et des compromis devient un savoir-faire collectif incontournable. De là, apparaît l’importance de l’équipe artistique, constituée d'une pluralité de compétences (y compris celles qui ne sont pas directement artistiques), engagée dans une démarche collective partageant un même objectif sur une période déterminée. Il y a donc une prise de distance avec l’idéologie ancienne du "créateur", ou du “directeur” seul maître à bord.
Nous développons des outils de gestion mutualisée entre projets ou organisations artistiques, par exemple sur le plan des investissements matériels, du partage de l'information et des savoir-faire, de la mise en place d'épargne et de crédits-relais mutualisés, d'emplois mutualisés sur plusieurs organisations... Nous utilisons enfin une comptabilité analytique lisible, permettant d'avoir une présentation et un suivi budgétaire effectif de la pluralité des actions constitutive du projet général, comme de celui-ci dans sa globalité.
3/ Conclusions et propositions complémentaires
L’essentiel est bien pour nous l'art en train de se faire, l’expérience de l’art et non plus seulement le savoir de l'art ou l'accès à l'oeuvre. Ce qui importe, c'est plutôt l'oeuvre en cours, en parcours, qui nécessite des allers-retours dans les processus de réalisation ou de fabrication afin de s'ajuster à ses objectifs, à savoir s'ancrer dans monde (quartier, gens ou la société en général etc...) ou dans les communautés spécifiques dans lequel l’art interagit (école, prisons, hopitaux, comités d'entreprise, etc...).
Il est donc question, pour agir sur des populations, de développer des dynamiques, créer des situations, des expériences, qui permettent de :
- ré-animer des soifs de curiosité, de comprendre, d'apprendre ;
- bousculer les idées reçues, décaler les contextes habituels, pour recréer des dialogues et des échanges, relancer des perspectives ;
- relier ce qui, dans le quotidien du territoire, lui est spécifique, sa culture, ses habitudes de comportement, de circulation, de contact avec les "autres"… ;
- redonner le sentiment qu’il est possible de changer son quotidien ;
- réveiller des désirs, donner de la confiance en soi, de la force, de la beauté réveiller ce qu'il y a de plus humain en nous pour nous donner envie et imagination.
a) Modalités et accents particuliers
Il n’est pas question d’imaginer un programme d'activités ou d'actions mais de créer un dispositif qui permette d'écouter et de répondre aux besoins d'élaboration de cet art-là, à savoir :
- nécessité de temps de recherche ;
- nécessité de confrontations, d’échanges, de partage du sens ;
- nécessité de lieux de travail personnels et partagés ;
- possibilité de répétitions publiques à un stade donné ;
- possibilité d’ateliers de pratiques ;
- recherche de liens avec d'autres artistes, avec des associations de terrain ;
- recherche de liens avec des chercheurs qui donnent des perspectives sociétales ;
- accès à des ressources diverses (sur d'autres recherches en cours artistiques ou non, sur des outils techniques, des matériaux…) ;
- besoin de parler de son travail, avec des artistes, des publics, des professionnels ;
- besoin de s'exposer, de se connecter du local à d'autres localités dans le monde
et... nécessité d'explorer tout ce que cela draine en périphérie : urbanisation, architecture, éducation, expériences "professionnalisantes", lien avec d'autres structures…
Le résultat, c'est autant tout ce qu'a drainé l'acte en train de se faire que le produit final, qui devient ainsi une œuvre "complète", porteuse du symbole de tout ce processus de transformation, et dans lequel chaque participant va, à sa mesure, se retrouver.
N’oublions pas que le champ d’expérience, le champ d’action de ces projets est d'abord la proximité.
Nous sortons donc d'une logique du résultat qui serait réduite à (ou dont l'intérêt principal serait) une production en soi muséale ou à collectionner ou de spectacle vivant avec en face un nombre de visiteurs ou de spectateurs à mesurer, pour une logique de résultat qui serait d'agir pour créer du dialogue, des liens, des imaginaires, des actions pour "changer", pour apprendre.
Les « mots-références » pourraient ici être : le quotidien, le permanent, pourquoi pas l'événement (ou le festival mais dans la mesure où on peut l'utiliser pour changer le quotidien), la transmission, la transformation des attitudes, la recherche, le travail sur la durée, l’échange (de pratiques et de savoir faire), la mise en réseau, la mise en commun (de bonnes pratiques, de choses apprises)…
Cette réalité contemporaine est l'expérience qui, pour l’instant et pour les années à venir, va redonner une place importante à l'art et la culture dans la société. Pour répondre à cela, nous demandons à la puissance publique de changer de système de mesure et de méthode qui ne soit pas la conception d'un programme tout fait mais la capacité à entendre et à répondre à ce qui n'est pas directement mis en place par elle même, dans la mesure où ces actions remplissent une mission publique souhaitée par la puissance publique
b) Autres propositions pour l'intervention publiqueNous attendons du Ministère un soutien financier à la hauteur des enjeux et des missions que nous défendons : soutien à la création contemporaine, résidences d'artistes, permanence artistique, développement culturel mieux réparti sur le territoire…
Cette politique nationale doit être affirmée par une Directive Nationale d'Orientation afin que les préfets et les DRAC appréhendent bien l'accompagnement de nos projets comme une priorité gouvernementale en matière culturelle et que les moyens financiers décidés en "centrale" ne se dissipent pas dans la globalisation des crédits des DRAC.
De nouvelles méthodes d'évaluation doivent être pensées pour permettre l'appréciation des projets artistiques et culturels. Une approche transversale et spécifique portée par les inspections de la danse, du théâtre, de la musique, des arts plastiques est nécessaire en raison de la qualité interdisciplinaire des projets. De même, les différents conseillers en DRAC seront associés à cette évaluation, tout comme doivent l'être les services culturels des collectivités partenaires.
Mais il ne saurait y avoir d'évaluation sans une contractualisation préalable avec une définition précise de projets assortis d'objectifs, de cahiers des charges et de moyens inscrits dans la durée. Cette contractualisation doit associer les porteurs de projets, l'État et les collectivités territoriales pour un conventionnement pluriannuel garant de la pérennité des projets.
Dans le cadre d’une culture de partenariat entre les institutions, les porteurs de projet, les populations, culture qui reste à construire et à développer, nous souhaitons évoquer les projets tels qu’ils sont, tant dans leurs contenus que dans leurs mode de fonctionnement. Il nous faut inventer avec nos interlocuteurs la forme qui pourra à la fois concilier notre projet/nos projets tel qu’il est/tels qu’ils sont et les besoins de l’administration. Cette forme issue du travail commun sera le référentiel à partir duquel un système d’évaluation qualitative peut être mis en place
Plus concrètement, ce référentiel commun pourrait prendre en compte des éléments indiqués par les porteurs de projet tels que : objectifs, descriptifs des actions, personnes concernées, calendrier ou points de repères dans le temps, indicateurs d’évaluation, fonctionnement de l’équipe, etc. Ce référentiel serait à articuler avec les politiques publiques de chacune des collectivités. Le Ministère de la Culture et ses services déconcentrés, les DRAC, seraient les pionniers de ce mode de fonctionnement et nous aideraient à le transmettre à d’autres institutions.
1 Sous ce terme, que nous résumerons parfois par Espace / projet, nous entendons les types de projets réunissant les membres de l’association Autre(s)pARTs, et qui cherchent à construire une nouvelle relation entre l’art, les territoires et les populations.