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Différences pour Réflexions pour un référentiel d'évaluation qualitative des pratiques et espaces / projets artistiques pluridisciplinaires visant à une autre relation à l'art et aux populations


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-
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<p align="right">Autre(s)pARTs</p>
<div align="right">

</div>
<p align="right">Responsable
de la communication : Eric CHEVANCE</p>
<div align="right">

</div>
<p align="right">TNT
- Manufacture de Chaussures</p>
<div align="right">

</div>
<p align="right">226
Boulevard Albert Premier - 33800 BORDEAUX</p>
<div align="right">

</div>
<p align="right">05
56 85 82 81 - mel : erictnt@wanadoo.fr</p>
<div align="right">

</div>
<p align="right">octobre
2003</p>

<p><br>

</p>

<p><br>

</p>

<p><br>

</p>

<h2 align="center"><b>Réflexions
pour un référentiel 
</b></h2>
<div align="center">
</div>
<div align="center">
</div>
<div align="center">

</div>
<h2 align="center"><b>d'évaluation
qualitative des pratiques et 
</b></h2>


<div align="center">

</div>
<h2 align="center"><b>Espaces
/ projets artistiques pluridisciplinaires</b></h2>


<div align="center">

</div>
<h2 align="center"><b>visant
à une autre relation à l'art et aux populations</b></h2>



<p><br>

</p>



<p>Les
pratiques culturelles et artistiques qui établissent
aujourd'hui de nouvelles relations entre l'art et les populations ont
besoin d'être rendues plus visibles et mieux reconnues. Au-delà
de la réelle singularité de chacune de ces expériences,
disposer d'un référentiel commun d'évaluation,
appréhendable par l'ensemble de leurs partenaires, peut alors
devenir une aide précieuse. Dans cette voie, Autre(s)pARTs
propose d'évaluer chaque cas particulier comme actualisation
et combinatoire - en effet très spécifique - d'un
ensemble de traits qualitatifs plus généraux.</p>



<p>La
nature caractérisante et multiple de ces traits permet déjà
une évaluation croisée, qualitative et discriminante,
des pratiques concernées, en termes tant de dynamique propre
que de participation à des enjeux d'intérêt
général. Si une partie de ces traits peuvent être
"consolidés" à partir de données
quantifiées ou d'indicateurs plus formalisés, reste que
c'est la cohésion qualitative et spécifique d'ensemble
qui doit rester le critère central d'appréciation.</p>



<p>Ce
référentiel qualitatif est construit sur la base de la
situation française du début des années 2000. Il
est donc lui-même à évaluer, compléter,
amender, au fil des évolutions et débats publics se
faisant jour. Elaboré par croisement de différents
repérages et études antérieurs, sa pertinence
déborde largement les situations représentées au
sein d'Autre(s)pARTs, même s'il est tout particulièrement
adapté à ces cas particuliers.</p>




<p>Ce
document propose donc : un préambule resituant le contexte
administratif et politique dans lequel nous évoluons ; un
détail des principes et caractéristiques de ces
nouveaux Espaces / projets artistiques pluridisciplinaires, base pour
un référentiel pertinent d'évaluation ; une
conclusion, proposant quelques compléments d'analyse et de
proposition pour l’intervention publique dans ce domaine. 
</p>


<p>
<br>


</p>


<h3><b>1/ Préambule</b></h3><br>






<p><b>Les
Espaces&nbsp;/ projets artistiques pluridisciplinaires et le service
public de la culture</b></p>




<p>Les Espaces&nbsp;/
projets artistiques pluridisciplinaires<a class="sdfootnoteanc" name="sdfootnote1anc" href="#sdfootnote1sym">1</a>,
comme d'autres avant elles, défendent un choix de société
où le "droit à la culture", comme il existe
un droit à l'instruction ou à la santé, doit
être assuré par la puissance publique.</p>



<p>Le
service public culturel, reconnu aujourd'hui de façon
incontestable, s'appuie sur un encadrement normatif qui légitime
et fonde l'intervention des pouvoirs publics en matière
culturelle et artistique&nbsp;:</p>

<ul><li>
    <p>le
	préambule de la constitution de 1946, repris par celle de
	1958, qui garantit l'égal accès à la culture"&nbsp;;</p>

	</li><li>
    <p>le
	décret relatif aux attributions (initiales) du
	ministère chargé de la culture du 24&nbsp;juillet 1959
	;</p>

	</li><li>
    <p>les
	lois de décentralisation de&nbsp;1982 et&nbsp;1983 ;</p>

	</li><li>
    <p>le
	traité de Maastricht du 7&nbsp;février 1992 ;</p>

	</li><li>
    <p>la
	loi d'orientation pour l'aménagement et le développement
	durable du territoire du 25&nbsp;juin 1999</p>

	</li><li>
    <p>la
	loi relative au renforcement et à la simplification de
	la coopération intercommunale du 12&nbsp;juillet 1999.</p>

</li></ul>


<p>Le
service public de la culture défendu par nos Espaces&nbsp;/
projets est légitimé par la
Charte des missions de services publics pour le spectacle (octobre
1998), puisque le Ministère de la Culture les a inscrites
parmi les personnes de droit privé à qui il confie des
missions de service public&nbsp;: "certains lieux de fabrication
et de production de spectacles vivants".</p>



<p><b>Depuis 10
ans, plusieurs ministres de la Culture s'intéressent aux
Espaces&nbsp;/ projets artistiques pluridisciplinaires</b></p>




<p>En
1993, une priorité de M. Toubon, ministre de la Culture, fut
d'intégrer la politique culturelle dans le cadre de
l'aménagement du territoire. La cohérence de l'ensemble
se fondait sur l'idée d'un nécessaire schéma
d'organisation de l'espace intégrant un service public
culturel de proximité s'appuyant sur des équipements
pluridisciplinaires. (L'Échangeur de Fère-en-Tardenois
figurait parmi les 122 projets d'équipements de proximité
présentés en comité interministériel
d'aménagement du territoire le 20&nbsp;septembre 1994.)</p>



<p>En
mai 1999, Mme Trautmann, Ministre de la Culture, annonce une
réflexion en ce qui concerne "les nouveaux lieux et les
nouvelles approches qu'ils autorisent, de la friche industrielle aux
zones rurales, du centre multimédia au lieu de fabrication".
(La même année, Culture Commune devient Scène
Nationale.)</p>



<p>En
2002, après le rapport commandé par M. Duffour,
secrétaire d'État au Patrimoine et à la
Décentralisation Culturelle, des mesures nouvelles ont été
spécifiquement inscrites au budget du ministère de la
Culture en faveur de la coordination des Espaces&nbsp;/ projets
artistiques pluridisciplinaires et ont été confortées
par des mesures décidées en Comité
Interministériel à la Ville pour soutenir les
résidences d'artistes, les friches et les "nouveaux lieux
culturels" dans les sites bénéficiant de contrats
de villes.</p>



<p><b>Quel
avenir ?</b></p>



<p>Dans
sa conférence de presse du 26 mai 2003, M. Aillagon, ministre
de la Culture, a exposé ce que serait l'action territoriale de
son ministère et a dénoncé "les
déséquilibres criants dans l'aménagement du
territoire". Les objectifs affichés "de parvenir à
une plus grande égalité dans l'accès aux lieux
de création et de diffusion sur l'ensemble du territoire"
et "d'encourager les expressions les plus diverses de la culture
contemporaine" rejoignent les préoccupations que nous
avons tous au sein de nos Espaces&nbsp;/ projets.</p>



<p>La
multiplication des Espaces&nbsp;/ projets artistiques
pluridisciplinaires est contemporaine du renouvellement des pratiques
artistiques. Celles-ci ont su trouver leur place dans nos espaces
qui, ouverts à la pluridisciplinarité, favorisent
l'interdisciplinarité. Nous y accueillons le rock, la techno,
les arts de la rue&nbsp;, la danse contemporaine, le nouveau cirque,
les marionnettes, les atypiques / inclassables, le théâtre
contemporain, la scène qui croise les arts plastiques, la
vidéo, le multimedia…</p>



<p>Une
"refondation des réseaux du spectacle vivant" ne
nous semble pas pouvoir se faire sans y intégrer la place des
Espaces&nbsp;/ projets artistiques pluridisciplinaires dans un
nouveau schéma d'aménagement culturel du territoire.
Depuis longtemps déjà, nous inventons des lieux de vie
et de convivialité, nous ouvrons les studios à une
population de proximité parfois associée au processus
de création, et nous (re)créons du lien social dans des
territoires déshérités (quartiers urbains
périphériques et communes rurales).</p><br>




<h3><b>
2/
Eléments pour un référentiel d'évaluation
de nos Espaces&nbsp;/ projets artistiques pluridisciplinaires</b></h3>


<p><br>

</p>

<p><u><b>a)
Contextes et positions</b></u></p>

<br>


<p><u>Constatant
:</u> 
</p>



<p>-
 l’oubli, voire le reniement de l’expérience sensible dans
un monde de plus en plus rationnel ; 
</p>



<p>-
l’échec d’un demi-siècle d’une politique de
démocratisation culturelle qui n’a pas su permettre au plus
grand nombre l’accès aux œuvres disponibles et aux
équipements artistiques, qui se sont pourtant multipliés
; 
</p>



<p>-
la pression uniformisante de la mondialisation d’un côté,
la régression identitaire sur les mythologies régionalistes,
ethniques et religieuses de l’autre ; 
</p>



<p>-
la rupture des liens relationnels, intimes, mais aussi sociaux, dans
une société qui semble constamment s'individualiser et
se déliter en particulier autour du référentiel
obsessionnel de l'échange marchand ; 
</p>



<p>-
le développement généralisé de
l'organisation par projet, de l'accroissement qualitatif et
quantitatif de la flexibilité du travail et de l'emploi, de la
différenciation accrue des activités en particulier
professionnelles, éléments qui sont désormais
des normes de nos sociétés de l'innovation et de la
réactivité, et non de simples particularités des
milieux artistiques ; 
</p>



<p>-
la montée en puissance, puis la dominance socio-économique
et idéologique des industries culturelles, qui ont introduit
un nouveau type de rapport démocratisé entre art et
populations ; 
</p>



<p>-
l'extension exponentielle et non régulée des inégalités
des marchés contemporains de la réputation, où,
à partir de différences peu flagrantes de compétence
et de qualité, un petit nombre cumule une part toujours plus
grande des valeurs (dont monétaires et de notoriété)
disponibles ; 
</p>



<p>-
les comportements culturels du plus grand nombre qui sont désormais
des assemblages complexes et tout à fait inédits entre,
d'une part l'utilisation de biens artistiques culturels industriels,
d'autre part la recherche de relations interhumaines plus directes et
sensible.</p>



<p><u>Il
nous semble urgent :</u></p>



<p>-
de réaffirmer la valeur de l’art, non pas l’art en tant
qu’œuvre figée et définitive, mais l’art en tant
qu’élaboration d’une parole et d’une relation sensibles,
contemporaine et critique, l’art agissant ; 
</p>



<p>-
d’étendre le droit à la culture à un plus
grand nombre de citoyens, en les rendant plus agents de leur propre
développement culturel ; passer donc de la “démocratisation
culturelle” à une réelle “démocratie
culturelle” ;</p>



<p>-
d'attacher la plus grande importance à la relation entre
pratique sociale et activités artistiques.  
</p>



<p>A
cet effet, nous proposons aux artistes des cadres et des modes de
travail renouvelés, non pour les contraindre, mais au
contraire pour leur permettre une plus grande liberté. Ainsi,
il n’est pas question de fixer des modèles de relation avec
les artistes mais bien de réinventer cette relation à
chaque fois. L’artiste peut dès lors travailler s’il le
souhaite de façon autonome et isolée, dans une sorte de
laboratoire, ou bien en développant des relations avec des
populations, des groupes ou des territoires, ces relations venant
nourrir le travail lui-même, ou encore en se nourrissant
d’échanges avec l’équipe du lieu, ou d’autres
artistes conviés à partager le même espace. Pas
d’obligation donc, mais un contexte permettant l’épanouissement
et la réalisation de projets qui, de ce fait, se trouvent en
phase avec ceux à qui ils s’adressent.</p>



<p>Nous
participons ainsi, au sein d'un tiers-secteur artistique, à
l'invention d'un nouveau compromis social permettant d'articuler pour
le plus grand nombre trois dimensions liées&nbsp;:</p>

<p>-
 la possibilité et la capacité pour chacun de mieux
participer aux dynamiques d'innovation et de créativité,
dans lesquelles nous sommes collectivement entrés, même
si ces dynamiques impliquent un développement conjoint de
formes intensives et diverses de flexibilité ;</p>

<p>-
la nécessité complémentaire absolue que chacun
puisse disposer d'une sécurité individuelle et
professionnelle minimale, socialement garantie tout au long du
parcours de vie, sans laquelle l'injonction d'innovation ne peut
tourner pour le plus grand nombre qu'au désastre d'une
déstabilisation et d'une déstructuration constamment
subies&nbsp;; 
</p>

<p>-
l’impératif induit que les richesses et les diverses valeurs
ajoutées produites par la société d'innovation /
flexibilité soient plus socialisées, une répartition
bien moins inégalitaire de ces richesses entre tous étant
un des éléments indispensables pour atteindre à
un nouveau compromis social global.</p>





<p><u><b>b
)  Esthétique et processus</b></u></p>



<p>L’art
est au cœur de nos projets, l’art comme expérience
sensible. Or, on ne nous propose plus que de l’art à
contempler, respectueusement, religieusement. Cet art là
produit encore, parfois, de beaux objets, mais il a perdu toute
valeur. Il nous faut retrouver la valeur de l’art. 
</p>



<p>Si
nous affirmons sa primauté dans nos pratiques, nous nous
démarquons d'une conception par trop linéaire de l'art,
qui tient pour essentiel et fondateur le geste singulier de l'artiste
produisant une œuvre originale, à faire ensuite connaître
au plus grand nombre. Nous mettons plutôt l’accent sur une
conception hétéronome de l'art, où sont
simultanément à prendre en compte, en même temps
que l’aspect esthétique, les dimensions conviviale,
sociétale, culturelle, politique, etc., des processus
artistiques. Nous concevons les démarches artistiques comme
des parcours relationnels qui renouvellent nos modes de symbolisation
et de socialisation. Si l’éprouvé sensible, les vécus
esthétiques activés, qui restent pourtant ouverts à
des motivations existentielles et sociales autres que strictement
artistiques, restent centraux, la polarisation est renforcée
sur la participation et la réception artistiques, l’importance
est redonnée à une vraie dialectique entre dimension
individuelle et dimension collective, à des questions telles
que "qu'est-ce qu'on donne à vivre comme expérience
esthétique aux gens ?", "comment intègre-t-on
les capacités d'appréciation et de jugement artistique
des "non- artistes", la culture vécue dont ils
disposent déjà ?".</p>



<p>Nos
projets artistiques combinent nécessairement et sans a priori
de hiérarchisation, mais en tentant d’en renouveler les
enjeux, une pluralité de modes d'activité : production
et diffusion de spectacles ou d'événements, action
culturelle et territoriale en relation directe avec des populations
particulières, formation amateur et transmission
professionnalisante de savoirs et savoir-faire, mise en débat
par l'artistique de questions culturelles, sociétales et
politiques. Nous privilégions des initiatives qui touchent des
segments de population jusqu’ici plutôt exclus de l’offre
culturelle traditionnelle (habitants des quartiers "sensibles",
du milieu rural, etc.), en lien avec les politiques de la ville. Par
là même, une grande importance est accordée à
l'invention de projets artistiques au contact direct et avec des
populations situées (sociologiquement ou/et territorialement).</p>



<p>Nous
développons aussi la co-génération des processus
artistiques par des artistes professionnels et d'autres acteurs
sociaux, la production d'une manifestation ou d'une œuvre artistique
matérialisée apparaissant plutôt comme un moyen
pour scander ce type de démarche.</p>



<p>Au
sein du thème de l'interdisciplinarité, nous prenons en
compte les spécificités des divers modes d'expression
artistique, ainsi que la question de ce qui reste pertinent dans la
différenciation historique des formes et modes d'expression
artistiques. 
</p>



<p>Nous
insistons enfin sur la transversalité entre les disciplines
artistiques. A une transversalité de "juxtaposition"
où les artistes travaillent ensemble mais restent chacun dans
leur domaine propre, nous préférons une transversalité
de "contamination" où les différentes
disciplines se nourrissent les unes des autres et où leurs
frontières tendent à se recomposer.</p>

<p> 
</p>

<p><u><b>c
)  Partenaires, territoires et décentralisation</b></u></p>



<p>L'initiative
de la société civile et des acteurs indépendants
est essentielle dans le développement de l'action artistique
et culturelle. Le champ artistique et culturel est en interaction
avec d'autres champs : aménagement du territoire, politiques
de la ville et des pays, éducation et loisirs... La mise en
place d'une concertation vraie et pérenne avec les
représentants institutionnels de ces secteurs est impérative.</p>



<p>A
côté d'une participation à l'effort de
démocratisation de la culture qui reste l'enjeu central des
équipements artistiques relevant des Collectivités
publiques, priorité est donnée aux actions de
démocratie culturelle, grâce à une présence
active et ramifiée dans les territoires et au contact des
populations qui permet d'inventer avec ceux-ci une approche bien plus
interactive de l'art, et plus largement, des pratiques artistiques où
peuvent s'impliquer un plus grand nombre.</p>



<p>Notre
conception est celle d’un champ artistique non limité aux
disciplines artistiques traditionnellement valorisées, et qui
travaille à l'extension des relations entre l’art et les
populations - à l’école, dans les hôpitaux, les
prisons, les banlieues et quartiers défavorisés -, qui
implique elle aussi une relation autre aux collectivités
publiques.</p>



<p>Nous
accueillons des équipes artistiques qui manquent de lieux de
fabrication, mais aussi d'implantation provisoire ou plus longue sur
un territoire donné. Au-delà, l’accent peut-être
mis, lors de ces accueils, sur de nouvelles et différentes
relations avec les populations, plutôt que sur la simple
fabrication artistique ou diffusion culturelle. De même, nous
développons les jumelages, non plus formels mais concrets et
pratiques entre équipes artistiques françaises et
étrangères, que ce soit au titre du projet artistique
d'ensemble ou au niveau des projets plus élémentaires.
Nous insistons aussi sur l’importance des résidences en
France et à l’étranger, sur l'association forte entre
équipes artistiques sur des périodes de plusieurs
années.</p>



<p>Tenant
à préserver cette tension irréductible entre
enjeux locaux, nationaux et internationaux, nous négocions de
façon permanente avec les différentes Collectivités
publiques concernées mais aussi, nous en appelons à
toutes les forces instituantes (professionnelles ou non), et
notamment celles qui, aux marges de l’institution traditionnelle,
posent les jalons de nouvelles politiques artistiques, de nouvelles
et autres relations avec la population.</p>



<p><u><b>d
)  Gestion, management et fonctionnement général</b></u></p>



<p>Notre
économie, précaire de fait et non par choix, est
caractérisée par une mixité entre : 
</p>

<p>-
une initiative et un mode de gestion privés (dont associatifs)
garants de l’indépendance des projets&nbsp;;</p>

<p>-
une forte dépendance à l'économie redistributive
administrée (aides directes des Collectivités
publiques, aides liées à la solidarité nationale
et interprofessionnelle, exemption partielle de certaines charges) ;</p>

<p>-
une mobilisation d'éléments de l'économie de
réciprocité (dont les implications bénévoles
ou les échanges de services non monétaires). 
</p>



<p>Nos
organisations et projets relèvent donc d'un tiers-secteur
artistique, spécifique et ne pouvant être réduit
ni à une simple dynamique d'entreprises artistiques
d'initiative privée et relevant avant tout d'une économie
de marché, ni au développement et à la gestion
d'équipements relevant surtout des Collectivités
publiques.</p>



<p>Défendant
une primauté de la notion générique de projet de
développement artistique et culturel, en lien avec des
populations ou des territoires situés, nous désirons
assurer une dynamique de développement culturel selon des
objectifs clairs et non pas "bricoler" une continuité
de gestion des équipes ou équipements. La notion de
"chef de file" pour la coordination des projets
élémentaires complexes ou du projet général
est aussi essentielle.</p>



<p>La
multi-activité est constitutive de nos organisations et
projets, avec la nécessité induite de disposer de
compétences plurielles et toutes indispensables. Une
centralité est accordée aux différentes formes
de relation de service dont la coordination seule permet la
réalisation des projets. Une efficacité simultanément
artistique et sociale est revendiquée. Pour nous, tout cela
participe d'un tiers-secteur à considérer comme un
véritable monde de l'art particulier, où un périmètre
élargi de compétences doit pouvoir être préservé,
tout comme une porosité d'accès à la
professionnalité dans la mesure où les vrais
savoir-faire se constituent surtout par accumulation progressive et
successive d'expériences.</p>



<p>L’égalité
de traitement est nécessaire, sur le plan des principes comme
des moyens affectés, entre une pluralité de fonctions
constitutives : action culturelle et relation à la population,
production créative, diffusion artistique, formation, débat
et organisation d'événements collectifs, à
partir d'un projet global.</p>



<p>La
complexité des tâches à gérer et à
coordonner implique de plus en plus des modes de fonctionnement où
nous partageons l'autorité et la décision, où la
capacité d'inventer des articulations et des compromis devient
un savoir-faire collectif incontournable. De là, apparaît
 l’importance de l’équipe artistique, constituée
d'une pluralité de compétences (y compris celles qui ne
sont pas directement artistiques), engagée dans une démarche
collective partageant un même objectif sur une période
déterminée. Il y a donc une prise de distance avec
l’idéologie ancienne du "créateur", ou du
“directeur” seul maître à bord.</p>



<p>Nous
développons des outils de gestion mutualisée entre
projets ou organisations artistiques, par exemple sur le plan des
investissements matériels, du partage de l'information et des
savoir-faire, de la mise en place d'épargne et de
crédits-relais mutualisés, d'emplois mutualisés
sur plusieurs organisations... Nous utilisons enfin une comptabilité
analytique lisible, permettant d'avoir une présentation et un
suivi budgétaire effectif de la pluralité des actions
constitutive du projet général, comme de celui-ci dans
sa globalité.</p>



<p><br>

</p>

<h3><b>
3/ Conclusions et propositions complémentaires</b></h3><br>






<p>L’essentiel
est bien pour nous l'art en train de se faire, l’expérience
de l’art et non plus seulement le savoir de l'art ou l'accès
à l'oeuvre. Ce qui importe, c'est plutôt l'oeuvre en
cours, en parcours, qui nécessite des allers-retours dans les
processus de réalisation ou de fabrication afin de s'ajuster à
ses objectifs, à savoir s'ancrer dans monde (quartier, gens ou
la société en général etc...) ou dans les
communautés spécifiques dans lequel l’art interagit
(école, prisons, hopitaux, comités d'entreprise,
etc...).</p>



<p>Il
est donc question, pour agir sur des populations, de développer
des dynamiques, créer des situations, des expériences, 
qui permettent de&nbsp;: 
</p>

<p>-
ré-animer des soifs de curiosité, de comprendre,
d'apprendre&nbsp;;</p>

<p>-
bousculer les idées reçues, décaler les
contextes habituels, pour recréer des dialogues et des
échanges, relancer des perspectives&nbsp;;</p>

<p>-
relier ce qui, dans le quotidien du territoire, lui est spécifique,
sa culture, ses habitudes de comportement, de circulation, de contact
avec les "autres"…&nbsp;;</p>

<p>-
redonner le sentiment qu’il est possible de changer son quotidien&nbsp;;</p>

<p>-
réveiller des désirs, donner de la confiance en soi, de
la force, de la beauté réveiller ce qu'il y a de
plus humain en nous pour nous donner envie et imagination. 
</p>



<p><u><b>a)
Modalités et accents particuliers</b></u></p>



<p>Il
n’est pas question d’imaginer un programme d'activités ou
d'actions mais de créer un dispositif qui permette d'écouter
et de répondre aux besoins d'élaboration de cet art-là,
à savoir :</p>



<p><i>-
nécessité de temps de recherche&nbsp;;</i></p>

<p><i>-
nécessité de confrontations, d’échanges, de
partage du sens&nbsp;; 
</i></p>

<p><i>-
nécessité de lieux de travail personnels et partagés&nbsp;;</i></p>

<p><i>-
possibilité de répétitions publiques à un
stade donné&nbsp;;</i></p>

<p><i>-
possibilité d’ateliers de pratiques&nbsp;;</i></p>

<p><i>-
recherche de liens avec d'autres artistes, avec des associations de
terrain&nbsp;;</i></p>

<p><i>-
recherche de liens avec des chercheurs qui donnent des perspectives
sociétales&nbsp;;</i></p>

<p><i>-
accès à des ressources diverses (sur d'autres
recherches en cours artistiques ou non, sur des outils techniques,
des matériaux…)&nbsp;;</i></p>

<p><i>-
besoin de parler de son travail, avec des artistes, des publics, des
professionnels&nbsp;;</i></p>

<p><i>-
besoin de s'exposer, de se connecter du local à d'autres
localités dans le monde</i></p>



<p><i>et...
nécessité d'explorer tout ce que cela draine en
périphérie : urbanisation, architecture, éducation,
expériences "professionnalisantes", lien avec
d'autres structures…</i></p>



<p>Le
résultat, c'est autant tout ce qu'a drainé l'acte en
train de se faire que le produit final, qui devient ainsi une œuvre
"complète", porteuse du symbole de tout ce processus
de transformation, et dans lequel chaque participant va, à sa
mesure, se retrouver.</p>



<p>N’oublions
pas que le champ d’expérience, le champ d’action de ces
projets est d'abord la proximité.  
</p>



<p>Nous
sortons donc d'une logique du résultat qui serait réduite
à (ou dont l'intérêt principal serait) une
production en soi muséale ou à collectionner ou de
spectacle vivant avec en face un nombre de visiteurs ou de
spectateurs à mesurer, pour une logique de résultat qui
serait d'agir pour créer du dialogue, des liens, des
imaginaires, des actions pour "changer", pour apprendre. 
</p>



<p>Les
«&nbsp;mots-références&nbsp;» pourraient
ici être&nbsp;:  le quotidien, le permanent,
pourquoi pas l'événement (ou le festival mais
dans la mesure où on peut l'utiliser pour changer le
quotidien), la transmission, la transformation des
attitudes, la recherche, le travail sur la durée,
l’échange (de pratiques et de savoir faire), la mise
en réseau, la mise en commun (de bonnes pratiques,
de choses apprises)…</p>



<p>Cette
réalité contemporaine est l'expérience qui, pour
l’instant et pour les années à venir, va redonner une
place importante à l'art et la culture dans la société.
Pour répondre à cela, nous demandons à la
puissance publique de changer de système de mesure et de
méthode qui ne soit pas la conception d'un programme tout fait
mais la capacité à entendre et à répondre
à ce qui n'est pas directement mis en place par elle même,
dans la mesure où ces actions remplissent une mission publique
souhaitée par la puissance publique</p><u><b>b)
Autres propositions pour l'intervention publique</b></u>



<p>Nous
attendons du Ministère un soutien financier à la
hauteur des enjeux et des missions que nous défendons :
soutien à la création contemporaine, résidences
d'artistes, permanence artistique, développement culturel
mieux réparti sur le territoire…</p>



<p>Cette
politique nationale doit être affirmée par une Directive
Nationale d'Orientation afin que les préfets et les DRAC
appréhendent bien l'accompagnement de nos projets comme une
priorité gouvernementale en matière culturelle et que
les moyens financiers décidés en "centrale"
ne se dissipent pas dans la globalisation des crédits des
DRAC.</p>



<p>De
nouvelles méthodes d'évaluation doivent être
pensées pour permettre l'appréciation des projets
artistiques et culturels. Une approche transversale et spécifique
portée par les inspections de la danse, du théâtre,
de la musique, des arts plastiques est nécessaire en raison de
la qualité interdisciplinaire des projets. De même, les
différents conseillers en DRAC seront associés à
cette évaluation, tout comme doivent l'être les services
culturels des collectivités partenaires.</p>



<p>Mais
il ne saurait y avoir d'évaluation sans une contractualisation
préalable avec une définition précise de projets
assortis d'objectifs, de cahiers des charges et de moyens inscrits
dans la durée. Cette contractualisation doit associer les
porteurs de projets, l'État et les collectivités
territoriales pour un conventionnement pluriannuel garant de la
pérennité des projets.</p>



<p>Dans
le cadre d’une culture de partenariat entre les institutions, les
porteurs de projet, les populations, culture qui reste à
construire et à développer, nous souhaitons évoquer
les projets tels qu’ils sont, tant dans leurs contenus que dans
leurs mode de fonctionnement. Il nous faut inventer avec nos
interlocuteurs la forme qui pourra à la fois concilier notre
projet/nos projets tel qu’il est/tels qu’ils sont et les besoins
de l’administration. Cette forme issue du travail commun sera le
référentiel à partir duquel un système
d’évaluation qualitative peut être mis en place</p>



<p>Plus
concrètement, ce référentiel commun pourrait
prendre en compte&nbsp;des éléments indiqués par
les porteurs de projet tels que&nbsp;: objectifs, descriptifs
des actions, personnes concernées, calendrier ou
points de repères dans le temps, indicateurs d’évaluation,
fonctionnement de l’équipe, etc. Ce référentiel
serait à articuler avec les politiques publiques de chacune
des collectivités. Le Ministère de la Culture et ses
services déconcentrés, les DRAC, seraient les pionniers
 de ce mode de fonctionnement et nous aideraient à le
transmettre à d’autres institutions. 
</p>

<div id="sdfootnote1">
	
<p><a class="sdfootnotesym-western" name="sdfootnote1sym" href="#sdfootnote1anc">1</a>
	 <i>Sous ce terme, que nous résumerons parfois par Espace /
	projet, nous entendons les types de projets réunissant les
	membres de l’association Autre(s)pARTs, et qui cherchent à
	construire une nouvelle relation entre l’art, les territoires et
	les populations.</i> 
	</p>

</div>